NOS ANCETRES DE DEMAIN
L¹immigration, c'est notre avenir. Ce n'est ni un Ministère de l'Immigration
et de l'Identité nationale qui pourra le dénier, ni même la lepénisation des
esprits. Au contraire, on peut même compter sur eux pour arguer que c'est là
une raison supplémentaire d'augmenter le quota de charters annuels. Car rien
n'y fera: comment résister à la physique des vases communicants? En 1900,
l'Europe, c'était 24% de la population mondiale. En 2050, ce ne sera plus
que 7%. Par comparaison, l'Afrique représentait 8% en 1900; ce sera 20% en
2050.
L'immigration menace-t-elle la culture des sociétés européennes? La réponse
est dans la question et, si l'on peut dire, la réponse est mal posée.
L'interpénétration des peuples n'est pas indifférente, et les influences
réciproques ne laissent pas de se faire sentir. Mais comment? Quelle
attitude juste et réaliste adopter?
Il en va ainsi du phantasme de certains que peu à peu l'identité de
l'Occident va se dégradant. Et alors? Cette peur vécue comme une religion
donne naissance aux mouvements identitaires blancs américains, à
l'islamophobie en Europe, la renaissance fasciste en Italie, aux racismes
banals et fondamentaux les plus divers. Le problème, c'est qu¹il ne s'agit
pas que de populisme vulgaire. Un certain nombre d'études, de thèses et de
recherches vont dans ce sens pour dire que l'Europe perdrait son identité.
Que de plus en plus les capitales européennes se transforment pour bientôt
ressembler à ces villes d'ailleurs, d'Afrique et du Moyen Orient, d'où
viennent la plupart des migrants. Londres: 40% de sa population déjà est née
hors de la Grande-Bretagne.
Si l'immigration est une réalité indéniable, il n'en découle pas forcément
la constitution d'une population étrangère distincte. La croyance d'un
remplacement des sociétés d'accueil par les populations immigrées relève du
délire pur et simple. De génération en génération, les différences
s'estompent, les résistances s'affaissent. Par exemple, chez les citoyens
d'origine mexicaine de Californie, qui comptent parmi ceux pour qui la
langue espagnole reste un vecteur essentiel d'identité, ils ne sont plus que
35% à la pratiquer à la deuxième génération, et 5% à la troisième.
Malgré le multiculturalisme affiché, malgré la reconnaissance des
différences (en Californie), l'immigration est le cimetière plus de la
culture qui s'exporte que de la culture qui importe. Evidemment, quelque
chose change et doit changer sous la pression des flux culturels continus:
il est impossible de renier la présence qui ira croissant des représentants
de cultures différentes au sein des cultures-hôtes. Mais ceux-ci font d'ores
et déjà partie de la population nationale, unie dans la complexité. Il ne
peut y avoir d'un côté l'étranger, et de l'autre le Français pure laine. Les
populations se mélangent, non seulement physiquement mais aussi
culturellement, dans un jeu d'influences réciproques. 20% des citoyens
français ont au moins un parent, grand-parent ou arrière-grand-parent né à
l'étranger. Penser que cela fait d'eux des étrangers relève de
l'essentiaisme héorique, mot poli pour dire racisme biologique, et c'est
exactement ce qui fonde la pensée des Charles Martel en herbe, ou David
Vincent si vous préférez, dénonciateurs de l'Invasion.
D'abord, l'immigration permet certes de continuer, en le rééquilibrant, le
transfert inter-générationnel des revenus de la solidarité nationale (des
plus âgés vers lesplus jeunes, des jeunes vers les plus âgés) dans des pays
condamnés par une fécondité faible. Ensuite, et surtout, le rapport de force
entre l'hôte et le migrant est tel que c'est le migrant qui ressent la
pression de l'assimilation, pas l'inverse. Mais, fait plus extraordinaire,
la dissémination des idées occidentales continue de se jouer à travers
l'immigration du Sud vers le Nord. Des démographes iconoclastes (*) en
veulent pour preuve que si les comportements touchant à la fécondité dans
les pays du Sud (éducation des filles, fondement de la famille) tendent vers
moins d'enfants par femmes plutôt que plus, c'est aussi à cause de
l'influence de leurs émigrés, par qui transitent ces valeurs culturelles
occidentales.
Alors je pourrai être raciste tout à fait et dire que pour s'assurer du
rayonnement durable de l'Occident, il faut de l'immigration, toujours plus
et encore.
Jonathan
(*) Les arguments ici sont tirés de l¹étude de Philippe Fargues « Little
Karachi in London, or the Other Way Around? »